La thalassothérapie et ses thérapeutiques

Cet article constitue le troisième et le dernier volet consacré à la thalassothérapie, après celui consacré à son histoire et celui consacré aux propriétés de la mer.

Je vous invite à découvrir les différentes activités thérapeutiques autour de la thalassothérapie, et elles sont nombreuses : balnéothérapie, algothérapie, fangothérapie, aérosolthérapie, kinésithérapie, rééducation individuelle et collective, gymnastique (simple ou corrective), électrothérapie, ergothérapie, etc.

Je vous souhaite une bonne visite.

La balnéothérapie

Pour profiter complètement des biens-faits de l’eau de mer, celle-ci doit être fraîchement pompée ou mise en bassin de stockage sur une courte période (en fonction des marrées). Le centre est tenu de veiller à la bonne qualité de l’eau et peut être amené à la traiter contre une certaine forme de pollution, sans en altérer les propriétés recherchées pour les cures (exemple : utilisation des ultra-violets).

Ensuite l’eau doit être chauffé entre 34°C et 36°C afin d’être pleinement bénéfique pour le corps. Cette fourchette de température a plusieurs bénéfices reconnus :

  • elle réchauffe les masses musculaires : Les membres impotents ont tendance à se refroidir ;
  • elle a un effet sédatif sur la douleur ;
  • elle diminue ou supprime les crampes musculaires ;
  • elle augmente la circulation locale périphérique, favorise la circulation de retour et permet la résorption des oedèmes ;
  • elle favorise un état de vasodilatation constant qui facilite la pénétration des électrolytes et des oligo-éléments.

Les piscines

Il s’agit ici de s’attarder sur les piscines de type du Dr Denis Leroy qui sont constituées de trois parties qui communiquent entre elles :

  1. Une piscine de travail ;
  2. Une piscine d’épaules pour rééduquer les membres supérieurs ;
  3. Une piscine de marche.

Dans la piscine de travail peuvent être faits tous les mouvements pour toutes les parties du corps (exemple : travail sangle abdominale, flexion extension, rotations, marche, …). Cette piscine fait 3,5 m sur 3 m et sa profondeur varie entre 90 cm et 1 m.

La piscine d’épaule (ou de bras) contient un siège moulé pour que le patient assis ait les épaules qui dépassent en dehors de l’eau. Cette piscine est aussi profonde que la précédente.

La piscine de marche se présente en simple plan incliné. La profondeur à un bout est de 1,60 m et à l’autre bout de 60 cm. Ce plan est rapidement suivi de marches disposées par pallier de 60 cm. Ces marches peuvent être séparées par des barres parallèles disposées en chicanes. Le patient part, de façon générale, de la plus grande profondeur vers la moindre. Le parcours peu faire jusqu’à 30 m environ.

Dans ces piscines sont prévues des installations annexes pour sécuriser la baignade et adapter les soins en fonction de la pathologie.

Les soins en piscine permettent de profiter de la portance de l’eau pour faciliter la rééducation. Ainsi lors d’une immersion totale (sauf la tête) le corps ne pèse que 6 à 10% de son poids. Lors d’une immersion jusqu’au mamelon, il ne reste que 15 à 30% du poids et une immersion pelvienne le poids est de 50 à 80%.

À savoir : les soins en piscine vont mettre en avant les bénéfices de trois phénomènes : la portance de l’eau, sa pression ainsi que la poussée d’Archimède. Ces propriétés vont avoir des bénéfices pour la circulation veineuse et lymphatique.

La piscine de vagues artificielles est un bassin d’une taille plus importante (15 m sur 25 à 30 m) qui fait un plan incliné parcouru de marches. Les mouvements de vague sont déclenchés alternativement par deux cloches situées dans la partie la plus profonde. On obtient ainsi de fortes dépressions sous-marines qui forment la vague qui va venir mourrir à l’autre extrémité de la piscine. Cette piscine a un intérêt dans certains cas spécifiques :

  • une rééducation des traumatismes des membres inférieurs avec recherche de l’équilibre à la marche ;
  • une rééducation des affections neurologiques où la coordination des réflexes du maintien de l’équilibre a disparu.

La piscine va prendre une place importante en thalassothérapie. Les possibilités de rééducations vont être nombreuses :

  • sur table immergée dans l’eau avec un kinésithérapeute ;
  • à titre individuel contre résistance, soit simplement dans l’eau par les mouvements (le segment ou le membre entier étant immergé), soit (dans les mêmes conditions) avec des poids ou des palmes pour lutter contre une résistance plus importante.
  • en groupe, avec des séances de gymnastique générales ou localisées ;
  • des séances de marche pour réapprendre à marcher aux hémiplégiques.

Il est possible aussi, à l’aide de puissants propulseurs d’eau immergés, de faire des massages sous l’eau, localisés ou généralisés.

Les bains

Se sont les adjuvants de la piscine et peuvent être chauds ou froids.

Quand ils sont chauds, nous obtenons les effets suivants :

  • une vasodilatation des capillaires de surface et de profondeur entraînant une hyperhémie cutanée et permettant une pénétration plus importante des ions contenus dans le milieu marin. Cette vasodilatation intensifie la vascularisation des tissus par une meilleure oxygénation des cellules ;
  • une élimination plus rapide du C02 et des produits toxiques, tels urée, acide urique, etc ;
  • un effet antispasmodique ;
  • un effet sédatif ;
  • un effet relaxant.

Les bains froids sont rares. Ils sont parfois utilisé en alternance avec les bains chauds selon la méthode décrite par Kneipp, prêtre guérisseur allemand né en 1821 qui enseigna sa méthode de guérison par l’eau.

Les bains peuvent être simples, avec des algues, de la boue ou encore mélangés à un gaz (air ou CO2). Les bains chauds sont donnés à une température comprise entre 36°C et 38,5°C. Leur durée maximale est de 20 minutes et doivent être pratiqués tous les 2 jours. Ils doivent être suivis d’un repos en fauteuil relax (ou dans un lit) pendant une vingtaine de minutes. On peut faire des bains spécifiques en petites baignoires pour l’avant-bras et la main (manuluve) ainsi que pour le genoux, la jambe et le pied (pédiluve).

Les bains d’algues ont les mêmes recommandations que les bains simples. La présence d’algue augmente la concentration de sels minéraux et sont plus toniques et sédatifs.

Les bains de boue ont grossièrement les mêmes propriétés que les bains d’algues.

Les bains aéro-gazeux sont des bains bouillonnants, décontractants, défatigants et stimulants.

Les bains carbo-gazeux sont produits par une micro-projection de CO2 dans la baignoire. Il en résulte :

  • une vasodilatation cutanée plus intense que dans l’eau de bain normale ;
  • un fort ralentissement du rythme cardiaque ;
  • une action tonicardiaque légère ;
  • une action très relaxante.

Les jets

Ils peuvent être à la lance (ou au canon thérapeutique), filiformes, à affusions ou sous forme de douche gynécologique.

Important : les jets ne doivent jamais être brutaux, jamais très froids ou glacés sans prévenir le patient car ils peuvent déclencher des accidents graves par choc histaminique et entraîner des arrêts cardiaques.
Ils sont formellement contre-indiqués pour les cardiaques et les sujets très fragiles.

Les jets à la lance se font avec une eau dont la température se situe entre 36 et 40°C. La pression du jet varie de 1 à 3 kg par cm2 et peut être brisé à la main ou par une pomme d’arrosoir. Ces jets chauds accélèrent la respiration, le rythme cardiaque et font chuter la tension artérielle.

Ces jets sont surtout antalgiques et antispasmodiques et leur durée moyenne se situe entre 1 et 4 minutes. Ils doivent commencer par les membres inférieurs et remonter le long du corps sur les 2 faces pour se terminer par un jet général légèrement tiède, voir froid.

Les jets filiformes s’emploient sur des régions bien localisées et sont utiles dans le traitement des cicatrices. En stomatologie, on les utilise dans le cas des gingivites.

Les jets à affusions sont une multitude de jets issus d’une rampe horizontale qui arrose le patient qui reste allongé sur un plan dur. Ces jets, de 36 à 40°C, ont un débit qui peut être réglé. Ils réalisent de vrais aérosols entourant le malade d’un véritable manteau de buée marine chaude. Ils sont sédatifs, défatiguants et relaxants.

Les douches sous-marines sont très fréquemment utilisées car elles réunissent en même temps les propriétés de l’eau de mer et les propriétés du massage. La pratique se fait en baignoire classique ou dans une baignoire avec des bains aérés ou carbo-gazeux. Le massage se fait à l’aide d’un jet sous l’eau dont la pression varie de 1 à 3 kg par cm2. Il doit toujours commencer par un effleurage puis s’intensifier à la périphérie avant de se terminer par les lombes. Il est décontracturant, sédatif, anti congestif localement. On l’utilise dans certaines lésions inflammatoires post-traumatiques ou rhumatismales. Ce massage sera à la fois tonique et sédatif si en le terminant on ramène la température de 36-40°C à 20-25°C.

Les douches gynécologiques pratiquées en baignoire d’eau de mer simple ou additionnés d’algues, permettent, à l’aide d’une canule, une irrigation vaginale par 10 ou 12 litres d’eau de mer tiède. Cette douche sert de massage pelvien, est sédative et anti-congestive.

La fangothérapie

C’est l’utilisation de vases marines naturelles et artificielles (aussi appelés péloïdes). À l’origine, ces boues peuvent provenir du rivage, loin des endroits pollués et constituent un mélange de sédiments d’animaux et de végétaux. Elles peuvent provenir aussi des grandes profondeurs. Elles sont alors constituées de sédiments minéraux, de coquille et de carapaces de crustacés.

Leur utilisation est variable :

  • en bain, plus ou moins dilué dans de l’eau de mer ;
  • en enveloppe localisée (nuque, épaules, segment d’un membre, lombes, …). Une couche épaisse à 40°C est appliquée sur la peau et recouverte d’un linge pour garder la chaleur. Le patient doit rester allongé entre 20 et 30 minutes sous des couvertures.

On peut aussi étaler la boue en mince pellicule au contact direct de la peau et recouvrir le tout d’un gaz stérile. Son application peut durer de 6 à 12 heures. Après ce délai, la boue pénètre en presque totalité dans la peau.

Ces techniques sont utilisées en rhumatologie pour leurs propriétés anti-inflammatoires et antalgiques. Elles ne guérissent pas mais permettent de récupérer une articulation bloquée et douloureuse. Elles sont reminéralisantes grâce à leur forte concentration en sels minéraux (10 à 12 fois plus que l’eau de mer).

L’algothérapie

Il s’agit de l’utilisation des fucus et des laminaires récoltés dans des endroits indemnes de pollution. Ces algues sont broyées et ne doivent pas être chauffées au-dessus de 50°C pour garder leurs principes actifs. Ajoutés aux bains, elles augmentent la concentration en oligo-éléments de ce dernier. On peut aussi les appliquer au pinceau sur la peau et maintenir au chaud avec l’utilisation des infra-rouges. Une couche plus épaisse sur les mains puis entouré de bandes chaudes est possible. Une autre utilisation des algues est le massage, réalisé légèrement humide et sous infra-rouge.

Un masque facial, appliqué en couche épaisse avec une exposition de 10 à 15 minutes aux infra-rouges ou ultra-violets, peut s’opposer à la formation de rides liées à la fibrose des muscles peauciers et de leurs enveloppes grâce à leur richesse en magnésium et en potassium.

On peut utiliser les algues après une épilation pour calmer les irritations.

Important : il est recommandé de bien dégraisser la peau car les corps gras font obstacle au passage de produits actifs de ces algues.

La kinésithérapie

En thalassothérapie, ces soins regroupent les massages, la gymnastique et la rééducation.

Les massages

Il existe une grande variété de massages.

Le massage par effleurage augmente la température et la vasodilatation cutanée locale. Il permet un meilleur drainage local et procure une vrai détente localisée.

Le massage par pression a une action sédative et est anti-fatiguant. Il peut être fait par pression glissée, par pression digitale ou par pression statique.

Le massage par pétrissage accélère la circulation et permet de décoller les plans profonds des plans superficiels. Il augmente l’élasticité et la mobilité des fibres musculaires.

Le massage palper-rouler de Wetterwald possède des effets circulatoires et neuro-sédatifs très marqués.

Le massage vibratoire est décontracturant et défatiguant.

Ces différentes techniques sont utilisées en fonction des besoins. Le corps doit être réchauffé (infra-rouges) pour une efficacité optimale et entraîner une vasodilatation cutanée. Une balnéothérapie chaude doit suivre ce soin (simple ou alguée, fangothérapie, piscine)

À noter : les massages ne doivent être faits que tous les 2 jours afin d’éviter un état de saturation, le temps de laisser la peau et les muscles récupérer.

La rééducation

Elle peut être active, passive ou auto-passive, ou être réalisée en poulithérapie. Ces méthodes sont les mêmes qu’en salle de rééducation classique. La poulithérapie peut se pratiquer en piscine qui comporte d’autres matériels intéressants (table immergée, barres).

À noter : toute séance de kinésithérapie est suivie d’une séance de balnéothérapie puis de repos pour que les muscles puissent récupérer.

La gymnastique

Elle peut être proposée en salle (collective ou individuelle, générale ou personnalisée), en plein air (si possible au bord de mer sur le sable) ou en piscine (rééducative ou collective suivi ou non de natation). Les séance en piscine doivent être de courte durée (de 20 à 30 minutes) mais sont quotidiennes.

En thalassothérapie, la gymnastique en piscine revêt toute son importance en rééducation. Le patient est plus rapidement soulagé par la portance de l’eau et peut donc envisager certains mouvements de rééducation plus rapidement afin de lutter contre l’atrophie qui s’installe rapidement. Cette immersion active offre des perspectives importantes dans le cadre de la rééducation fonctionnelle.

L’électrothérapie

Elle regroupe plusieurs techniques.

L’utilisation d’un courant continue à l’aide d’électrodes peut avoir des effets toniques et dynamiques, antalgiques, analgésiques (en association avec de la novocaïne ou des salicylates) ou encore anti-inflammatoires (en association avec des corticoïdes).

Les courants de basse fréquence (continu ou variable) entraînent des réactions excito-motrices.

Les courants de moyenne fréquence (sinusoïdaux et alternatifs) sont utilisés pour l’excitation des muscles profonds.

On peut utiliser des courants de haute fréquence pour leurs propriétés thermiques et vaso-dilatatrices (ex : diathermie). Il est possible aussi de provoquer une chaleur profonde intense.

La vibrothérapie consiste à augmenter la chaleur cutanée tout en abaissant l’excitabilité neuro-musculaire.

Les rayonnements infra-rouge et ultra-violets ont aussi leur rôle. Dans le premier cas, l’effet est thermique et vasodilatateur ce qui facilite la pénétration des ions marins à travers les ports de la peau. Dans le second cas, son rôle est prépondérant dans la synthèse de vitamine D.

L’ergothérapie

C’est une thérapie fonctionnelle de rééducation par le travail. L’ergothérapie lutte contre l’atrophie musculaire et le blocage articulaire. Il existe une grande variété d’exercices qui s’adresse surtout aux traumatismes des membres supérieurs ainsi qu’aux maladies neurologiques (ex : hémiplégie).

Suite à un bilan regroupant de nombreux critères (état des membres, amplitude de mouvement, oedèmes, troubles trophiques cutanés, présence de troubles trophiques vasculo-nerveux), l’ergothérapeute va solliciter le patient à compenser ses troubles moteurs ou sensitifs, apprendre ou réapprendre les gestuelles de la vie courante.

En thalassothérapie, cette rééducation se fera autant que possible sous l’eau (piscine, baignoire, manuluve). L’ergothérapie va avoir un rôle important notamment en réadaptation socioprofessionnelle des patients.

Soins et bien-être

L’offre de soins est importante dans le cadre de la thalassothérapie, et permet ainsi une prise en charge individuelle ciblée et efficace, en fonction de la ou des pathologies à traiter.

Libre à chacun, aussi, d’effectuer un séjour détente de quelques jours en thalassothérapie, voire un passage le temps de quelques soins pour une durée d’une demi-journée par exemple. La thalassothérapie est aussi un bon moyen de détente et de bien-être qui peut très bien rentrer dans une démarche de prévention primaire.

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« La nature à chaque instant s’occupe de votre bien-être. Elle n’a pas d’autre fin. Ne lui résistez pas. », Henry David Thoreau.

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